Combien rembourser à un consultant envoyé trois mois chez un client à Lyon ? Beaucoup d'employeurs cherchent la réponse dans une « grille Syntec des frais de déplacement ». Elle n'existe pas.

La convention encadre bien les déplacements, à son article 11, mais elle ne fixe aucun montant. Les chiffres que l'on croit conventionnels viennent en réalité de l'URSSAF. Ce partage des rôles est la clé du sujet : la branche dit comment organiser le déplacement, l'URSSAF dit jusqu'où payer sans cotisations.

Une précision de périmètre avant d'entrer dans le détail : cet article traite des déplacements en France métropolitaine, ceux du titre 11 de la convention. Les missions hors de France relèvent d'un titre 12 distinct, dont les règles diffèrent sensiblement, jusqu'à s'inverser sur certains points.

Frais de déplacement Syntec : l'essentiel

Question Réponse Origine
Existe-t-il un barème conventionnel ? Non, aucun montant dans la convention Syntec, article 11.2
Repas au restaurant en déplacement 21,40 € exonérés URSSAF
Grand déplacement, logement et petit-déjeuner 76,60 € en Île-de-France, 56,80 € ailleurs URSSAF
Classe de transport 2e classe pour les ETAM, 1re pour les ingénieurs et cadres Syntec, article 11.3
Véhicule personnel Accord écrit préalable obligatoire Syntec, article 11.3
Mission d'au moins un mois Voyage de détente pour rentrer dans sa famille Syntec, article 11.4

Existe-t-il un barème Syntec des frais de déplacement ?

Non. L'article 11.2 pose un principe et s'arrête là : « les déplacements hors du lieu de travail habituel nécessités par le service ne doivent pas être pour le salarié l'occasion d'une charge financière supplémentaire ». Le remboursement doit couvrir le transport, l'hébergement et la restauration, sans qu'aucun montant ne soit chiffré.

C'est donc à l'entreprise de fixer sa politique, par accord d'entreprise, décision unilatérale, usage ou accord individuel. La convention demande seulement, quand un forfait est retenu, qu'il soit convenu avant le départ plutôt que négocié au retour.

Une précision de vocabulaire, parce qu'elle explique une bonne partie des articles que l'on trouve ailleurs sur le sujet : les anciens articles 50 à 53, encore largement cités, ont été abrogés par la refonte de la convention du 16 juillet 2021. Le texte en vigueur est l'article 11, et il est organisé différemment.

L'article 11.1 y ajoute une formalité utile, l'ordre de mission, établi avant le départ. Pour les salariés qui enchaînent plusieurs sites dans la même journée, il peut être permanent, ce qui évite d'en produire un par déplacement.

Quels montants rembourser sans cotisations ?

Les limites d'exonération sont fixées par l'URSSAF et revalorisées chaque année. En dessous de ces montants, une allocation forfaitaire est présumée utilisée conformément à son objet et échappe aux cotisations, sans justificatif de dépense.

Situation Limite exonérée en 2026
Repas au restaurant, salarié contraint d'y déjeuner 21,40 € par repas
Repas hors des locaux, sans obligation de restaurant 10,40 € par repas
Repas pris sur le lieu de travail 7,50 € par repas
Grand déplacement, logement et petit-déjeuner, Paris et 92, 93, 94 76,60 € par jour
Grand déplacement, logement et petit-déjeuner, autres départements 56,80 € par jour

Rien n'interdit de rembourser davantage. La part qui dépasse la limite entre simplement dans l'assiette des cotisations, sauf à démontrer, justificatifs à l'appui, que la dépense réelle correspond.

Quand un déplacement devient-il un grand déplacement ?

Quand le salarié est empêché de regagner sa résidence chaque jour. L'URSSAF présume cette impossibilité lorsque deux conditions sont réunies, et non l'une ou l'autre comme on le lit souvent.

Il faut à la fois :

  • au moins 50 kilomètres entre la résidence et le lieu de mission, sur le trajet aller ou retour
  • un trajet qu'aucun transport en commun ne permet de faire en moins d'une heure trente

C'est le cas de figure central en ESN, celui du consultant détaché plusieurs mois chez un client. Il mérite d'autant plus d'attention que les montants diminuent avec la durée : abattement de 15 % à partir du premier jour du quatrième mois, puis de 30 % à partir du premier jour du vingt-cinquième, les résultats étant arrondis à la dizaine de centimes la plus proche.

Durée de la mission Logement, Île-de-France Logement, autres départements Repas
3 premiers mois 76,60 € 56,80 € 21,40 €
Du 4e au 24e mois 65,10 € 48,30 € 18,20 €
Au-delà du 24e mois 53,60 € 39,80 € 15,00 €

Une mission qui se prolonge suppose donc de revoir le forfait versé, faute de quoi l'écart devient du salaire soumis à cotisations sans que personne ne s'en aperçoive. C'est le type de suivi qui se perd dans un tableur, et que la gestion des notes de frais rattache directement au bulletin.

Simulateur

Ce déplacement ouvre-t-il droit au forfait grand déplacement ?

Le grand déplacement suppose que le salarié soit empêché de rentrer chez lui chaque jour. L'URSSAF le présume lorsque les deux conditions de distance et de durée sont réunies.

Régime applicable
Plafond exonéré par jour
Renseignez la distance et la durée du trajet.

Plafond calculé pour une journée complète, logement et petit-déjeuner plus deux repas, sur les limites d'exonération en vigueur au 1er janvier 2026. Un remboursement supérieur reste possible, la part excédentaire entrant dans l'assiette des cotisations sauf justificatifs de la dépense réelle.

Quelle classe de transport la convention impose-t-elle ?

C'est l'une des rares dispositions vraiment chiffrées de l'article 11, et elle distingue les catégories. L'article 11.3 retient la 2e classe ou un confort équivalent pour les ETAM, la 1re classe pour les ingénieurs et cadres, en train comme en bateau. Pour l'avion, le texte retient la classe économique sans distinguer les catégories.

L'usage du véhicule personnel obéit à une règle plus stricte qu'on ne le croit : il suppose un accord écrit préalable de l'employeur. Le remboursement doit alors couvrir l'amortissement du véhicule, l'assurance et l'entretien, pas seulement le carburant.

En pratique, cela passe par le barème kilométrique fiscal, qui sert aussi de limite d'exonération. Pour un véhicule de 5 CV et jusqu'à 5 000 km par an, il s'établit à 0,636 € par kilomètre en 2026, et les véhicules 100 % électriques bénéficient d'une majoration de 20 %.

Ce que la convention prévoit sur les missions longues

Deux mécanismes propres à la branche s'activent quand le déplacement dure. Ils sont peu connus et figurent pourtant en toutes lettres dans la convention.

Le voyage de détente de l'article 11.4 concerne les déplacements d'au moins un mois consécutif. Le salarié éloigné de sa famille a droit à des voyages aller-retour pour la rejoindre, dont la fréquence, la durée et le moyen de transport doivent être précisés. La convention fixe un plancher de temps sur place, en excluant le trajet : au minimum 24 heures pour un voyage hebdomadaire, 48 heures pour un voyage mensuel. Il ne peut pas être exigé dans les dix derniers jours d'une mission, un repos compensateur étant alors accordé au retour.

L'article 11.6 traite du changement de résidence demandé par l'employeur. Celui-ci prend en charge le déménagement et le voyage de la famille. Si le préavis ne permet pas de résilier le bail à temps, le loyer reste dû par l'entreprise dans la limite de trois mois. Le salarié est considéré en situation de déplacement jusqu'au rapprochement familial, pendant un an au maximum.

Le temps de trajet doit-il être payé ?

Le trajet entre le domicile et le lieu de travail n'est pas du temps de travail effectif. Il ne génère donc ni heures supplémentaires ni rémunération à ce titre. L'article L3121-4 du code du travail pose toutefois une limite : si le déplacement professionnel dépasse le temps normal de trajet habituel, la part excédentaire ouvre droit à une contrepartie, en repos ou en argent, fixée par accord collectif ou, à défaut, par l'employeur après consultation du CSE.

Une nuance intéresse directement les entreprises dont les salariés interviennent chez les clients. Depuis un arrêt du 23 novembre 2022, la Cour de cassation admet que le trajet d'un salarié itinérant entre son domicile et le premier ou le dernier client puisse constituer du temps de travail effectif. La condition n'est pas la distance mais la disponibilité : il faut que le salarié reste à la disposition de l'employeur et se conforme à ses directives sans pouvoir vaquer à des occupations personnelles. Un consultant qui répond aux appels et traite ses messages pendant le trajet n'est pas dans la même situation que celui qui prend le train sans sollicitation. L'appréciation se fait au cas par cas.

Cette règle s'inverse hors de France métropolitaine. Le titre 12 prévoit en effet que les délais de route sont rémunérés comme du temps de travail et qu'ils ne peuvent pas venir en déduction des congés payés. Appliquer le raisonnement métropolitain à une mission à l'étranger conduit donc à sous-payer le salarié.

Ce point rejoint le décompte de la durée du travail, que nous détaillons dans notre article sur les heures supplémentaires en Syntec.

Ce qu'il faut retenir

Pour traiter correctement les frais de déplacement d'une entreprise Syntec :

  • la convention ne fixe aucun barème, seulement le principe d'absence de charge pour le salarié
  • les montants exonérés viennent de l'URSSAF, 21,40 € pour un repas au restaurant en 2026
  • le grand déplacement suppose 50 km et 1 h 30 de trajet, les deux à la fois
  • les forfaits baissent de 15 % après trois mois de mission, puis de 30 % après deux ans
  • la classe de transport diffère entre ETAM et cadres, et le véhicule personnel exige un accord écrit
  • une mission d'un mois ou plus ouvre le voyage de détente prévu à l'article 11.4

Ces règles se retrouvent dans le reste de la convention, dont nous proposons une lecture d'ensemble dans notre guide de la convention Syntec.